#6 Quand j’ai découvert le monde du développement personnel, j’entendais toujours la même phrase : “Passez à l’action pour réaliser vos rêves”, bah super… Mais c’est quoi mon rêve ?
Salut, si tu me découvres, je m’appelle Yoann, je crée des expériences immersives afin d’aider les autres à se découvrir et designer leur vie pro.
Pendant 4 ans, j’ai signé 3 CDI dans des secteurs et des métiers différents.
Alors où est le mal ? Ce n’est pas d’explorer mais c’était l’absence totale de réponse à cette question : qu’est-ce que je veux, moi ?
À chaque fois que quelqu’un me la posait, je me retrouvais dans le vide. Pas de signal. Pas de désir.
Alors j’appliquais la seule phrase qu’on m’avait donnée comme boussole : passe à l’action.
Tu vois un poulet décapité qui court partout (désolé pour l’image c’est la meilleure que j’ai…), je me voyais comme ça.
Sauf qu’à chaque passage à l’action, ça me détruisait de l’intérieur.
Chaque signature d’un CDI passait par le même pattern. Je prenais 2-3 mois pour réfléchir, faire un REX de ma jeune vie active, choisir un métier, un secteur. Je commençais, excité, content de trouver des collègues, de tester, d’apprendre. Et au bout de quelques semaines, la même chose : une grosse perte de sens. Une déconnexion de mes émotions, de mon corps. La sensation d’être enfermé.
Alors je partais. Parce que rester me détruisait.
Et pourtant, pendant mon enfance sur le papier, j’avais “bien réussi”. Bon à l’école, bon au sport, reconnaissance de partout.
Pourquoi autant d’écart entre ma vie avant et après les études.
Pourquoi ma capacité d’adaptation ne marchait plus ? D’après certains la définition même de l’intelligence.
Ce paradoxe, je ne l’ai compris que bien plus tard.
Et c’est ce que je veux t’expliquer aujourd’hui.
Pourquoi on arrive pas à savoir ce qu’on désire
Il y a un concept en psychologie qui s’appelle le faux self.
Le terme vient de Donald Winnicott, pédiatre et psychanalyste britannique des années 60.
L’idée est simple, quand un enfant émet un geste spontané : une envie, une émotion, une impulsion vraie et que l’environnement ne peut pas le recevoir, l’enfant apprend à se plier. Il développe une façade. Un personnage qui fonctionne, qui plaît, qui s’adapte.
Ce n’est pas un choix conscient. C’est une stratégie de survie.
L’environnement en question n’a pas besoin d’être hostile. De l’extérieur, il peut paraître chaleureux, aimant, même exemplaire. Mais l’enfant, lui, peut se sentir étouffé. Pas parce que ses parents ne l’aimaient pas. Mais parce que leurs peurs, leurs angoisses, leur vision du monde ont été projetées sur lui et que ses gestes spontanés n’ont jamais vraiment trouvé de place.
Ce n’est pas une question d’amour. C’est une question d’accordage.
Et cette façade, avec le temps, prend tellement de place qu’elle finit par effacer ce qui est en dessous. L’enfant, puis l’adulte, ne sait plus vraiment ce qu’il veut. Parce qu’il a appris très tôt que ses vrais désirs n’avaient pas leur place.
Winnicott ajoute. Quand ce faux self se développe chez quelqu’un d’intellectuellement capable, l’intellect devient le lieu du faux self. La pensée remplace l’être. Le monde observe des succès académiques, sportifs, professionnels,… Et ne peut pas croire à la détresse intérieure de la personne.
Bon à l’école. Bon au sport. Reconnaissance de partout. Et pourtant, vide.
Ça parle à beaucoup de monde. Peut-être à toi.
Ce qui arrive quand l’enfance s’est “bien passée”
Certains d’entre nous n’ont donc pas eu d’environnement “hostile”.
Et au contraire.
L’école, le sport, les activités, tout était cadré, valorisé, évalué. On savait exactement quoi faire pour avoir de la reconnaissance. Les règles étaient claires. Les feedbacks immédiats.
Le problème, c’est que dans ce système parfaitement huilé, on n’a jamais eu besoin de se demander ce qu’on voulait vraiment.
La structure répondait à notre place.
Edward Deci et Richard Ryan, chercheurs en psychologie de la motivation, appellent ça l’orientation de contrôle : on agit en fonction des pressions externes plutôt que de ses propres désirs. Et quand cette structure disparaît, après le lycée, après les études, après la carrière toute tracée, on se retrouve face au vide…
Pas parce qu’on est cassé.
Mais parce qu’on n’a jamais eu à développer ce muscle-là. Celui de savoir ce qu’on veut quand personne ne te dit quoi vouloir.
Faux self ou absence de ce muscle, les deux mènent au même endroit.
Debout face à sa vie. Sans boussole.
Mais alors, est-ce qu’on est bloqué ?
Non.
Mais la solution n’est pas dans ta tête.
Le problème avec la question “qu’est-ce que je veux ?”, c’est qu’on essaie d’y répondre par la réflexion. On fait des listes. On prend du recul. On analyse.
Mais le désir ne se trouve pas dans la pensée.
Il se trouve dans le vécu.
Il y a deux signaux que j’ai appris à observer chez moi et chez les personnes que j’accompagne.
Le premier, c’est le flow : est-ce que le temps disparaît quand je fais cette chose ?
Le second, c’est l’énergie après : est-ce que je sors de cette activité plus vivant ou plus vidé ?
Ces deux indicateurs ne mentent pas. Ils ne sont pas influençables par ce qu’on “devrait” vouloir. Ils sont bruts. Corporels. Réels.
Une méthode concrète : construire son tableau
Et oui “l’auto-détermination” est un muscle.
Alors, comme pour chaque muscle, il n’y a pas de secret… Il est important de le développer pour pas ressentir de douleur (ça y est, je me prends pour un kiné ahah).
Si tu as un travail actuellement, prends le temps de noter 2 indicateurs sur chaque mission que tu as dans la journée.
Le premier : ton niveau d’engagement, c’est à dire à chaque fois que tu ressens le “flow”, sensation que tu as quand tu perds la notion du temps.
Le deuxième : ton niveau d’énergie après la tache.
Pour ces 2 indicateurs, écris de 1 à 5. Par exemple, si tu rentres en flow tu as 5/5 et sinon 1/5 tu n’es pas du tout engagé par la tache.
Note tous les soirs les taches dans un cahier, un notion… Peu importe le support, celui que tu préfères. Et en fin de semaine, marque tes réflexions sur ces taches, les surprises par exemple,…
Sois précis sur ces tâches. Pour ça je te propose d’utiliser la méthode AEIOU.
Activités : que faisais-tu ? Une activité structurée ou déstructurée. Tu avais un rôle précis ou simplement participante ?
Environnement : où tu étais, quel endroit, comment tu te sentais ? (Bureau, dehors, petit groupe, 1to1, beau lieu…)
Interactions : Avec qui tu étais en interaction (machine, gens) Interaction familière ou inédite ? Cadre formel ou informel ?
Objets : interactions avec des objets, appareils ? Ipad, ordi, crayons,… Quels objets ont créé ou renforcé ton engagement ?
Utilisateur : qui d’autres étaient là ? Leur rôle ?
Il est important de consigner tout ce qui vient, sans jugement. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise perception de ce qu’on vit.
Si tu n’as pas de travail et que tu es dans une phase de transitions. Je te conseille de regarder ton passé. Tu retranscrits les expériences marquantes de ta vie, les jobs, les projets, les moments forts.